On lit parfois que le jiaogulan, comme d'autres plantes, aurait des propriétés « anticancer ». Que faut-il en penser ? Soyons clairs d'emblée : il ne s'agit en aucun cas d'un traitement du cancer. Voici, avec honnêteté, ce que montre — et ne montre pas — la recherche sur le jiaogulan et le cancer, et où cette plante peut réellement trouver sa place.
Rédigé par l'équipe de recherche SANUSq | Contrôle médical : Dr Ajay Kumar, MD
Publié : 15 mars 2018 | Mis à jour : 3 septembre 2026
Ce que montre la recherche en laboratoire
L'intérêt scientifique pour le jiaogulan et le cancer vient d'études de laboratoire, sur des cellules isolées. Ses composés, les gypénosides, y montrent des effets intéressants.
Dans une étude en laboratoire (in vitro), des gypénosides de Gynostemma pentaphyllum se sont montrés cytotoxiques pour des cellules de cancer du côlon humaines, induisant un arrêt du cycle cellulaire et l'apoptose (la mort programmée des cellules) par des voies dépendantes des mitochondries (Chen et al., 2006).
Ce type de résultat est réel et documente une activité biologique. Mais il faut comprendre exactement ce qu'il signifie — et ce qu'il ne signifie pas.
D'une boîte de Petri à une personne : pourquoi l'écart est si grand
C'est le point le plus important de tout cet article. Le fait qu'une substance tue des cellules cancéreuses dans une boîte de laboratoire ne dit presque rien de son effet chez un être humain. En laboratoire, on applique des concentrations élevées directement sur les cellules ; dans un corps, la substance doit être absorbée, survivre à la digestion, atteindre la tumeur en quantité suffisante, et agir sans détruire les cellules saines. D'innombrables substances « anticancer en éprouvette » se sont révélées sans effet, ou toxiques, chez l'humain. C'est précisément pour cela que les médicaments passent par des années d'essais cliniques rigoureux — que le jiaogulan, pour le cancer, n'a pas franchis.
Recherche sur l'antioxydant et l'immunité
D'autres travaux s'intéressent aux propriétés antioxydantes et immunomodulatrices du jiaogulan. Ces effets, réels à l'échelle cellulaire, alimentent l'idée d'un soutien général du terrain. Mais là encore, il faut se garder de tout raccourci : « antioxydant » ou « soutien de l'immunité » ne veut pas dire « anticancer ». Ce sont des pistes de recherche, pas des bénéfices démontrés contre le cancer chez l'humain.
Où le jiaogulan peut réellement trouver sa place
Faut-il pour autant écarter le jiaogulan ? Pas nécessairement — à condition de le situer correctement. Comme adaptogène, il est traditionnellement employé pour soutenir la vitalité, aider à gérer le stress et la fatigue. Chez une personne concernée par le cancer, ce type de soutien du bien-être général pourrait avoir une valeur — mais uniquement en accompagnement, jamais en remplacement d'un traitement, et toujours après en avoir parlé à son équipe médicale, car certaines plantes peuvent interférer avec les traitements anticancéreux.
Ce que « plantes en soutien du cancer » peut, et ne peut pas, vouloir dire
Il est essentiel de distinguer deux choses radicalement différentes. « Soutenir le bien-être d'une personne pendant un traitement » (aider au moral, à l'énergie, au confort) est légitime et se fait en lien avec l'équipe soignante. « Traiter le cancer avec une plante » ou « remplacer une chimiothérapie » ne l'est pas : c'est dangereux, et de fausses promesses en ce sens ont coûté des vies. Aucune plante, jiaogulan compris, n'est un traitement du cancer. Méfiez-vous de toute source qui l'affirme.
Pourquoi ce sujet attire les fausses promesses
Il faut le dire sans détour : le cancer, par la peur légitime qu'il inspire, est un terrain de choix pour les charlatans. On y trouve quantité de « remèdes naturels » vendus avec des promesses de guérison, souvent en opposition à la médecine conventionnelle. Ces discours jouent sur l'espoir et la détresse, et peuvent conduire des personnes à retarder ou abandonner des traitements efficaces — avec des conséquences parfois fatales. Un signal d'alerte simple : une source sérieuse ne promet jamais de « guérir le cancer » avec une plante, et n'oppose jamais le naturel aux soins médicaux. Le doute est ici une protection.
Un espoir mesuré, pas un renoncement
Rien de tout cela ne signifie que la recherche sur les composés végétaux est inutile — au contraire. Nombre de médicaments anticancéreux dérivent de molécules végétales, précisément parce que la nature offre des composés actifs. Mais entre « une molécule intéresse la recherche » et « cette plante soigne le cancer », il y a le long, exigeant et indispensable travail des essais cliniques. Garder cet espoir mesuré, c'est reconnaître l'intérêt scientifique sans céder aux raccourcis dangereux : la vraie espérance, face au cancer, passe par les soins éprouvés — épaulés, si on le souhaite et avec l'accord de l'équipe médicale, par ce qui soutient le bien-être sans jamais s'y substituer.
Des questions à poser à votre équipe d'oncologie
Si vous ou un proche êtes concernés et que vous vous intéressez aux approches complémentaires, la bonne démarche est d'en parler ouvertement avec votre équipe soignante. Quelques questions utiles : « Cette plante peut-elle interférer avec mon traitement ? », « Y a-t-il un risque à la prendre en ce moment ? », « Existe-t-il des approches de soutien (nutrition, activité, gestion du stress) que vous recommandez ? ». Un bon accompagnement intègre ces questions sans jugement — l'essentiel étant que rien ne se fasse en cachette du reste des soins.
Questions fréquentes
Le jiaogulan soigne-t-il le cancer ?
Non. Aucune plante, jiaogulan compris, n'est un traitement du cancer. Des études de laboratoire montrent une activité sur des cellules cancéreuses isolées, mais cela ne se traduit pas en traitement chez l'humain, et le jiaogulan n'a pas fait l'objet des essais cliniques nécessaires.
Que montrent les études en laboratoire ?
Que ses composés (gypénosides) peuvent être toxiques pour certaines cellules cancéreuses en éprouvette. Mais tuer des cellules dans une boîte ne dit presque rien de l'effet chez une personne : d'innombrables substances actives en laboratoire se révèlent sans effet, ou toxiques, chez l'humain.
Le jiaogulan peut-il accompagner un traitement contre le cancer ?
Comme adaptogène, il pourrait soutenir le bien-être général (énergie, gestion du stress), mais uniquement en accompagnement, jamais en remplacement d'un traitement, et toujours après accord de l'équipe médicale — car certaines plantes interfèrent avec les traitements anticancéreux.
Les plantes peuvent-elles remplacer une chimiothérapie ?
Non, absolument pas, et le croire est dangereux. Remplacer un traitement anticancéreux par une plante a coûté des vies. Méfiez-vous de toute source qui promet de « soigner le cancer naturellement ».
Comment aborder les approches complémentaires avec son médecin ?
Ouvertement : demandez si une plante peut interférer avec votre traitement, s'il y a un risque à la prendre, et quelles approches de soutien (nutrition, activité, gestion du stress) sont recommandées. L'essentiel est que rien ne se fasse en cachette du reste des soins.
Pourquoi tant de prudence sur ce sujet ?
Parce que le cancer est une maladie grave, où de faux espoirs peuvent détourner de soins efficaces, avec des conséquences dramatiques. Distinguer un soutien du bien-être d'un prétendu traitement est une question de sécurité, pas de pessimisme.
Références
- Chen JC, Lu KW, Lee JH, et al. Gypenosides induced apoptosis in human colon cancer cells through the mitochondria-dependent pathways and activation of caspase-3. Anticancer Res. 2006;26(6B):4313–26. PMID 17201150
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