Vitamine C et cancer : ce que montrent vraiment les preuves

  • , par l'équipe de recherche SANUSq
  • 10 min temps de lecture

« La vitamine C à haute dose tue les cellules cancéreuses » est l'une des affirmations les plus tenaces de la santé naturelle. Comme beaucoup de ce genre, elle contient un vrai grain de science enveloppé dans beaucoup d'exagération. Voici ce que montrent réellement les données sur la vitamine C et le cancer — et ce qu'elles ne montrent pas.

D'où vient cette affirmation

L'idée ne sort pas de nulle part. En laboratoire, la vitamine C (l'ascorbate) à très forte concentration se comporte tout autrement que la vitamine de votre jus d'orange : à ces niveaux, elle peut agir comme un pro-oxydant et générer du peroxyde d'hydrogène que les cellules cancéreuses — souvent moins capables que les cellules saines de le neutraliser — trouvent sélectivement toxique. En culture cellulaire et sur modèle animal, cela peut ralentir ou tuer certaines cellules tumorales. C'est la science réelle derrière le titre — mais il faut être exact sur sa nature : ces propriétés de la vitamine C contre les tumeurs sont des propriétés de laboratoire, observées à des concentrations qu'aucune gélule ne peut produire.

Une revue des mécanismes d'action de la vitamine C dans le cancer explique que des concentrations pharmacologiques (très élevées) d'ascorbate génèrent du peroxyde d'hydrogène préférentiellement toxique pour les cellules tumorales, celles-ci détoxifiant moins bien ce composé — un mécanisme qui n'est atteignable qu'à des taux sanguins très supérieurs à ce que produit toute dose orale (Vissers et Das, 2018).

Remarquez que c'est l'inverse du rôle quotidien de la vitamine C comme antioxydant — une belle illustration du fait que la dose change tout. Aux niveaux modérés de l'alimentation ou d'un complément, la vitamine C est un antioxydant qui soutient la santé normale ; ce n'est qu'aux concentrations extrêmes d'une perfusion qu'apparaît l'effet pro-oxydant, stressant pour la cellule cancéreuse.

Le point crucial : voie orale contre voie intraveineuse

Ce dernier point est décisif. L'effet destructeur exige des concentrations sanguines de vitamine C que l'on ne peut pas atteindre en l'avalant : l'intestin limite étroitement la quantité de vitamine C orale qui passe dans le sang, si bien qu'aucune gélule ni poudre, aussi « haute dose » soit-elle, n'approche les niveaux des études de laboratoire. Ces concentrations ne s'obtiennent que par perfusion intraveineuse (IV), qui contourne entièrement l'intestin. Autrement dit, lorsque vous lisez que « la vitamine C à haute dose tue les cellules cancéreuses », la traduction honnête est : l'ascorbate pharmacologique par voie intraveineuse fait quelque chose d'intéressant en laboratoire. Ce n'est pas une affirmation sur la vitamine C que l'on trouve dans le commerce et que l'on prend chez soi.

Ce qui s'est passé lors des essais chez l'humain

Cette distinction a une histoire concrète. Dans les années 1970, Linus Pauling et Ewan Cameron ont rapporté que la vitamine C aidait des patients atteints de cancer. Mais lorsque la Mayo Clinic a mené des essais randomisés rigoureux, elle a utilisé la vitamine C par voie orale — et n'a rien trouvé.

Dans un essai randomisé en double aveugle, 10 g par jour de vitamine C orale n'ont montré aucun avantage sur le placebo, ni pour la progression de la maladie ni pour la survie, chez des patients atteints de cancer avancé (Moertel et al., 1985). Cet essai, et un précédent similaire, ont conduit à rayer la vitamine C orale de la liste des traitements du cancer — et l'on pense aujourd'hui que la raison tient à la voie d'administration : l'orale ne peut tout simplement pas atteindre les concentrations actives.

Où en est la recherche aujourd'hui ?

L'intérêt a resurgi — mais spécifiquement autour de la vitamine C intraveineuse, et spécifiquement comme complément possible au traitement conventionnel, non comme remplaçant. Des essais de phase précoce explorent si l'ascorbate IV peut améliorer la qualité de vie, réduire les effets indésirables ou renforcer la chimiothérapie et la radiothérapie dans certains cancers. Les résultats à ce jour sont mitigés et préliminaires ; la vitamine C IV demeure expérimentale, étudiée dans des essais plutôt qu'une thérapie établie. Ce n'est pas un traitement prouvé du cancer, et cela ne doit s'employer que sous surveillance médicale.

Elle n'est pas non plus sans risques pratiques : la vitamine C IV doit être médicalement supervisée, ne convient pas à tout le monde (les personnes atteintes de déficit en G6PD ou d'insuffisance rénale peuvent être lésées par de fortes doses), et peut fausser certains examens de laboratoire et potentiellement interférer avec certains traitements. C'est précisément pourquoi elle relève d'un essai clinique ou d'un cadre d'oncologie, non d'une démarche que l'on s'auto-administre.

Vitamine C et prévention du cancer : qu'en est-il de l'alimentation ?

Ici le tableau est plus doux et plus positif. Une alimentation riche en vitamine C — fruits et légumes — est associée, dans les études d'observation, à un risque moindre de certains cancers, très probablement au titre du bénéfice plus large d'un régime riche en antioxydants et en végétaux. C'est une bonne raison de manger abondamment des aliments riches en vitamine C pour la santé générale et la prévention. C'est aussi la seule partie de l'histoire de la vitamine C dans la prévention du cancer qui repose sur des données de population — et même là, le mérite revient sans doute à l'ensemble du régime plutôt qu'à la vitamine seule. Mais « associé à un risque moindre dans des études de population » est à mille lieues de « traite le cancer », et il ne faut pas confondre les deux.

Les bienfaits de la vitamine C pour la santé générale : soutien immunitaire, action antioxydante et formation du collagène.

La conclusion honnête

La vitamine C est essentielle, un bon apport alimentaire soutient la santé générale, et l'ascorbate IV est un domaine légitime de recherche en cancérologie. Ce que la vitamine C n'est pas, c'est un remède maison contre le cancer : il n'existe pas de traitement du cancer par vitamine C à haute dose, un point c'est tout, et prendre de la vitamine C orale à haute dose ne traitera pas un cancer — les essais rigoureux de la voie orale n'ont trouvé aucun bénéfice, et personne face à un cancer ne devrait s'y fier au lieu de soins médicaux éprouvés. Si la vitamine C IV vous intéresse comme complément au traitement, c'est une conversation à avoir avec votre équipe d'oncologie — non une décision à prendre depuis une étiquette de complément.

Questions fréquentes

La vitamine C à haute dose tue-t-elle les cellules cancéreuses ?

À très forte concentration (pharmacologique), l'ascorbate peut tuer certaines cellules tumorales en laboratoire en générant du peroxyde d'hydrogène. Mais ces concentrations ne s'atteignent que par perfusion intraveineuse — jamais par une dose orale — et cela reste un résultat de laboratoire et d'essais précoces, non un traitement prouvé chez l'humain.

Puis-je traiter un cancer avec des comprimés de vitamine C ?

Non. La vitamine C orale, même à forte dose, ne peut atteindre les taux sanguins nécessaires à l'effet anticancéreux observé en laboratoire, et les essais randomisés de vitamine C orale à haute dose chez des patients atteints de cancer n'ont trouvé aucun bénéfice. La vitamine C orale est précieuse pour la nutrition et la santé générale, pas comme thérapie du cancer.

Pourquoi les essais de la Mayo Clinic n'ont-ils rien trouvé ?

Parce qu'ils utilisaient la vitamine C orale. On comprend aujourd'hui que la voie orale ne peut atteindre les très hautes concentrations sanguines requises — seule la perfusion intraveineuse le peut —, ce qui explique pourquoi les premiers essais oraux étaient négatifs et pourquoi l'intérêt s'est depuis déplacé vers l'ascorbate IV.

La vitamine C intraveineuse est-elle un remède contre le cancer ?

Non — elle est expérimentale. La vitamine C IV est à l'étude, surtout comme complément possible au traitement standard (par exemple pour atténuer les effets indésirables ou soutenir la qualité de vie), avec des résultats mitigés et préliminaires. Ce n'est pas une thérapie établie ni prouvée, et elle ne doit s'employer que sous surveillance médicale dans ce cadre.

La vitamine C peut-elle prévenir le cancer ?

Pas de la façon que suggèrent les gros titres. Une alimentation riche en vitamine C et en végétaux est liée, dans les études d'observation, à un risque moindre de certains cancers — une bonne raison de manger beaucoup de fruits et légumes pour la santé générale — mais une association à l'échelle des populations ne prouve pas que la vitamine elle-même prévienne, et aucun complément de vitamine C n'a démontré prévenir le cancer. Cela relève de la prévention dans un régime globalement sain, très différent du traitement d'un cancer déjà présent.

Références

  1. Moertel CG, Fleming TR, Creagan ET, Rubin J, O'Connell MJ, Ames MM. High-dose vitamin C versus placebo in the treatment of patients with advanced cancer who have had no prior chemotherapy: a randomized double-blind comparison. New England Journal of Medicine. 1985;312(3):137–141. PMID 3880867
  2. Vissers MCM, Das AB. Potential mechanisms of action for vitamin C in cancer: reviewing the evidence. Frontiers in Physiology. 2018;9:809. PMC6037948

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