Compléments et fertilité : ce qui a fait ses preuves

  • , par l'équipe de recherche SANUSq
  • 8 min temps de lecture
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Le marché des compléments pour la fertilité est vaste, les promesses y sont fortes et la vulnérabilité des personnes concernées est réelle. Un seul apport y dispose d'un socle de preuves incontestable, et ce n'est pas celui que l'on met en avant. Voici le tri.

Le seul apport véritablement établi : les folates

Commençons par ce qui ne se discute pas, même si cela ne concerne pas la fertilité elle-même mais la grossesse qui suit.

Une revue Cochrane portant sur la supplémentation en folates avant la conception et en début de grossesse conclut que l'acide folique, seul ou associé à d'autres vitamines et minéraux, prévient les anomalies de fermeture du tube neural (De-Regil et al. (2015).

La recommandation qui en découle est internationale et constante : une supplémentation dès l'arrêt de la contraception, et non à la découverte de la grossesse, puisque la fermeture du tube neural se joue dans les toutes premières semaines, souvent avant même que la grossesse soit connue. C'est le seul complément dont l'utilité en projet de grossesse est solidement démontrée — et il est modeste, peu coûteux et rarement mis en avant par le marketing.

La coenzyme Q10 : une piste réelle, un périmètre étroit

Un essai randomisé a évalué un prétraitement par coenzyme Q10 chez de jeunes femmes à faible pronostic présentant une réserve ovarienne diminuée, dans le cadre d'une assistance médicale à la procréation, et rapporté une amélioration de la réponse ovarienne et de la qualité embryonnaire (Xu et al. (2018).

Ce résultat mérite d'être lu avec précision. Il concerne une population particulière — réserve ovarienne diminuée, parcours de procréation médicalement assistée — et un protocole encadré. Il ne dit rien d'une femme en bonne santé qui essaie de concevoir naturellement depuis quelques mois, et il ne fait pas de la coenzyme Q10 un traitement de l'infertilité. Si vous êtes dans un parcours d'AMP, c'est une question à poser à votre équipe, qui décidera en fonction de votre situation.

Compléments et fertilité : ce que les autres candidats valent

Côté féminin, la vitamine D est fréquemment citée : elle est souvent basse, et corriger une carence documentée est raisonnable, mais l'effet sur les chances de conception n'est pas démontré. L'inositol est étudié dans le syndrome des ovaires polykystiques, avec des résultats intéressants sur les paramètres métaboliques et l'ovulation, dans une indication précise qui relève d'un suivi médical. Les formules multivitaminées « fertilité » n'ont, elles, pas démontré de bénéfice au-delà des folates qu'elles contiennent.

Côté masculin, les antioxydants — zinc, sélénium, vitamines C et E, coenzyme Q10 — améliorent certains paramètres du spermogramme dans plusieurs essais. La question qui compte reste ouverte : ces modifications se traduisent-elles par davantage de naissances vivantes ? Les données disponibles ne permettent pas de l'affirmer, et c'est exactement le type d'écart entre marqueur et résultat qu'il faut garder en tête.

Ce qui pèse davantage que n'importe quel complément

Quelques facteurs ont un effet nettement mieux établi. L'âge, d'abord, qui n'est modifiable par rien mais qui doit orienter le calendrier des démarches. Le tabac, qui altère la fertilité des deux partenaires et dont l'arrêt est la mesure la plus rentable. Le poids, aux deux extrémités : surpoids important comme maigreur perturbent l'ovulation. L'alcool, à réduire. La chaleur, pour les testicules — bains très chauds, ordinateur sur les genoux. Et le repérage de la fenêtre fertile, qui reste la variable la plus sous-exploitée : les rapports les jours précédant l'ovulation comptent davantage que le nombre total.

Pourquoi ce marché promet autant

Trois caractéristiques rendent ce secteur propice aux promesses. La plupart des couples finissent par concevoir : environ huit sur dix dans l'année, et une bonne partie des autres dans la deuxième. Tout produit commencé pendant l'attente récoltera donc le crédit d'une grossesse qui serait souvent survenue de toute façon. Ensuite, l'enjeu émotionnel est considérable, ce qui rend le prix secondaire et la comparaison difficile. Enfin, les critères sont faciles à déplacer : améliorer un paramètre du spermogramme ou un dosage hormonal se mesure vite, alors qu'une naissance vivante demande du temps et un essai de grande taille.

Rien de tout cela n'interdit d'essayer quelque chose. Cela justifie simplement de fixer à l'avance une durée, un budget et un critère d'arrêt — et de ne pas laisser ces essais retarder une consultation.

Quand consulter

La règle habituelle est d'après un an de rapports réguliers sans grossesse, et après six mois si la femme a plus de 35 ans, ou plus tôt en présence de cycles très irréguliers, d'antécédents de chirurgie pelvienne, d'endométriose connue ou d'antécédents testiculaires. Consulter n'engage à rien : un bilan simple oriente souvent rapidement, et certaines causes se corrigent bien lorsqu'elles sont identifiées tôt. Le temps est ici une variable qui compte, et c'est la raison pour laquelle il ne faut pas le dépenser en essais successifs de compléments.

Comment lire une étiquette « fertilité »

Trois vérifications utiles. La dose de folates, puisque c'est l'élément qui a fait ses preuves — vérifiez qu'elle correspond à la recommandation habituelle plutôt qu'à une trace symbolique. La vitamine A, à surveiller de près en projet de grossesse : sous forme de rétinol et à dose élevée, elle est tératogène, ce qui justifie de ne pas cumuler les produits. Et la longueur de la liste : un empilement de vingt ingrédients à doses minuscules relève de l'argument commercial, pas de la nutrition.

Un dernier point, valable pour les deux partenaires : les compléments s'ajoutent à l'alimentation, ils ne la remplacent pas. Une assiette variée, un sommeil correct et une activité physique régulière font partie de la même démarche, et ne coûtent rien.

Questions fréquentes

Quel complément alimentaire pour la fertilité a fait ses preuves ?

Les folates, dont la revue Cochrane confirme qu'ils préviennent les anomalies de fermeture du tube neural. Ils concernent la grossesse à venir plutôt que la fertilité elle-même, et se prennent dès l'arrêt de la contraception.

La coenzyme Q10 améliore-t-elle la fertilité ?

Un essai randomisé a montré une amélioration de la réponse ovarienne et de la qualité embryonnaire chez de jeunes femmes à réserve ovarienne diminuée, dans un parcours d'assistance médicale à la procréation. Ce résultat ne se transpose pas à une conception naturelle.

Les antioxydants améliorent-ils la fertilité masculine ?

Plusieurs essais montrent une amélioration de paramètres du spermogramme. Que cela se traduise par davantage de naissances vivantes n'est pas établi, et c'est la question qui compte.

Quand faut-il commencer les folates ?

Dès l'arrêt de la contraception, pas à la découverte de la grossesse : la fermeture du tube neural se joue dans les toutes premières semaines, souvent avant que la grossesse soit connue.

Qu'est-ce qui compte le plus pour concevoir ?

L'âge, l'arrêt du tabac, un poids ni trop élevé ni trop bas, la réduction de l'alcool, et le repérage de la fenêtre fertile — les rapports dans les jours précédant l'ovulation comptent plus que leur nombre total.

Quand consulter pour un projet de grossesse qui n'aboutit pas ?

Après un an de rapports réguliers sans grossesse, six mois après 35 ans, et plus tôt en cas de cycles très irréguliers ou d'antécédents particuliers. Un bilan simple oriente souvent rapidement.

Références

  1. De-Regil LM, Peña-Rosas JP, Fernández-Gaxiola AC, Rayco-Solon P. Effects and safety of periconceptional oral folate supplementation for preventing birth defects. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2015;2015(12):CD007950. PMID 26662928
  2. Xu Y, Nisenblat V, Lu C, et al. Pretreatment with coenzyme Q10 improves ovarian response and embryo quality in low-prognosis young women with decreased ovarian reserve: a randomized controlled trial. Reproductive Biology and Endocrinology. 2018;16(1):29. PMID 29587861
  3. Martineau AR, Jolliffe DA, Hooper RL, et al. Vitamin D supplementation to prevent acute respiratory tract infections: systematic review and meta-analysis of individual participant data. BMJ. 2017;356:i6583. PMID 28202713

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