Bonnes et mauvaises graisses : ce que dit la science

  • , par l'équipe de recherche SANUSq
  • 8 min temps de lecture

Longtemps accusées de tous les maux, les graisses alimentaires ont été réhabilitées par la science : toutes ne se valent pas, et certaines sont essentielles. Distinguer les bonnes et les mauvaises graisses, et comprendre la place des gras saturés dans la santé, change la façon de composer son assiette — sans peur d'une alimentation riche en (bonnes) graisses.

Repenser les graisses : ce que dit vraiment la science

Pendant des décennies, un message simple a dominé : le gras fait grossir et bouche les artères. La recherche a beaucoup nuancé ce dogme. On sait aujourd'hui que la qualité des graisses compte bien plus que leur simple quantité, et qu'une alimentation riche en bonnes graisses peut être tout à fait saine — le régime méditerranéen en est la meilleure illustration. Le véritable ennemi n'est pas « le gras », mais certains gras en excès, et surtout ce par quoi on les remplace.

Les acides gras essentiels : les bonnes graisses dont le corps a besoin et qu'il ne sait pas fabriquer.

Les quatre familles de graisses

Pour s'y retrouver, il faut distinguer quatre types. Les graisses mono-insaturées (huile d'olive, avocat, amandes) sont clairement bénéfiques. Les polyinsaturées, dont les fameux oméga-3 (poissons gras, noix, graines) et oméga-6, sont essentielles — le corps ne sait pas les fabriquer. Les graisses saturées (viandes grasses, beurre, produits laitiers entiers) font l'objet d'un débat plus nuancé qu'autrefois. Enfin, les graisses trans industrielles, elles, sont à éviter sans discussion : ce sont les seules unanimement reconnues néfastes.

Le cas des gras saturés

C'est le point le plus discuté. Longtemps considérés comme les grands coupables des maladies cardiaques, les gras saturés font l'objet d'une relecture : leur effet dépend beaucoup de l'aliment qui les contient et, surtout, de ce par quoi on les remplace. Remplacer des gras saturés par des sucres rapides n'améliore rien ; les remplacer par de bonnes graisses insaturées, en revanche, bénéficie au cœur. La modération reste de mise, mais la diabolisation simpliste a vécu.

Pourquoi ce qui remplace le gras compte

C'est l'idée clé, souvent oubliée. Réduire une graisse n'est bénéfique que si on la remplace par mieux. L'ère des produits « allégés en gras » l'a montré à grande échelle : en retirant le gras, l'industrie l'a souvent remplacé par du sucre, avec des résultats contre-productifs. La bonne question n'est donc jamais « moins de gras ? », mais « du gras de meilleure qualité, à la place de quoi ? ».

Chez des personnes à haut risque cardiovasculaire, un régime méditerranéen complété par de l'huile d'olive vierge extra ou des fruits à coque a réduit l'incidence des événements cardiovasculaires majeurs par rapport à un régime pauvre en graisses (Estruch et al., 2018).

Ce qu'une alimentation riche en noix a fait au cholestérol

Les fruits à coque, riches en bonnes graisses, illustrent bien ce renversement de perspective. Loin de nuire, ils comptent parmi les aliments les plus favorables au cœur.

La consommation de noix et d'huile de noix a eu un effet favorable sur les graisses sanguines après le repas, la fonction endothéliale et la gestion du cholestérol chez des adultes présentant une hypercholestérolémie légère (Berryman et al., 2013).

Comment le mettre dans l'assiette

En pratique, quelques réflexes suffisent : faire de l'huile d'olive sa matière grasse principale, manger régulièrement des poissons gras et une poignée de fruits à coque, intégrer avocat et graines, consommer les gras saturés (beurre, fromage, viande) avec modération, et traquer les graisses trans cachées dans les produits industriels. Le tout sans compter obsessionnellement les grammes de gras — c'est leur nature, plus que leur poids, qui compte.

Les graisses trans, le vrai danger

S'il faut retenir un seul point de vigilance, c'est celui-ci : les graisses trans industrielles. Issues d'un procédé d'hydrogénation partielle des huiles, elles se cachaient dans de nombreux produits transformés (viennoiseries industrielles, plats préparés, margarines dures) pour améliorer texture et conservation. Contrairement aux autres graisses, elles n'ont aucun intérêt nutritionnel et augmentent le mauvais cholestérol tout en abaissant le bon — un double effet néfaste sur le cœur. C'est la seule catégorie de graisses que la science condamne sans nuance, au point que de nombreux pays en ont restreint l'usage. Les repérer sur les étiquettes (mention « huiles partiellement hydrogénées ») et les éviter est un réflexe simple et payant.

Le gras, un allié du cerveau

Un dernier argument en faveur des bonnes graisses : le cerveau lui-même en est largement constitué. Les acides gras, en particulier les oméga-3, sont des composants structurels des membranes des cellules nerveuses, et un apport suffisant en bonnes graisses soutient la santé cognitive tout au long de la vie. Priver son alimentation de gras de qualité, c'est donc aussi priver son cerveau de matériaux dont il a besoin — une raison de plus de choisir ses graisses plutôt que de les fuir.

Ce que cela ne veut pas dire

Attention au contresens : réhabiliter les bonnes graisses ne signifie pas « manger gras sans limite ». Les graisses restent très caloriques, et l'équilibre global de l'assiette compte. Le message n'est pas de fuir ou d'empiler le gras, mais de choisir sa qualité — privilégier les insaturées, modérer les saturées, bannir les trans — dans le cadre d'une alimentation variée et raisonnable. C'est la qualité, non la peur du gras, qui doit guider les choix.

Questions fréquentes

Quelles sont les bonnes et les mauvaises graisses ?

Les bonnes sont les graisses insaturées : mono-insaturées (huile d'olive, avocat, amandes) et polyinsaturées dont les oméga-3 (poissons gras, noix, graines). Les graisses trans industrielles sont à éviter ; les gras saturés sont à consommer avec modération.

Les gras saturés sont-ils mauvais pour la santé ?

Le regard s'est nuancé : leur effet dépend de l'aliment et surtout de ce par quoi on les remplace. Les remplacer par des sucres n'aide pas ; par de bonnes graisses insaturées, oui. La modération reste conseillée, sans diabolisation.

Peut-on avoir une alimentation riche en graisses et rester en bonne santé ?

Oui, à condition de privilégier les bonnes graisses : le régime méditerranéen, riche en huile d'olive et fruits à coque, en est la preuve, avec un bénéfice cardiovasculaire démontré. La qualité prime sur la simple quantité.

Pourquoi les produits « allégés » ne sont-ils pas toujours meilleurs ?

Parce qu'en retirant le gras, l'industrie l'a souvent remplacé par du sucre, ce qui peut être contre-productif. Réduire une graisse n'est bénéfique que si on la remplace par mieux, pas par pire.

Les noix sont-elles bonnes pour le cœur ?

Oui : riches en bonnes graisses, elles améliorent les graisses sanguines, la fonction des vaisseaux et la gestion du cholestérol. Une poignée régulière est un excellent réflexe, dans le cadre d'une alimentation équilibrée.

Faut-il compter les grammes de gras ?

Pas de façon obsessionnelle. C'est la nature des graisses, plus que leur poids, qui compte : privilégier les insaturées, modérer les saturées, bannir les trans. Les graisses restent caloriques, donc l'équilibre global garde son importance.

Références

  1. Estruch R, Ros E, Salas-Salvadó J, et al. Primary Prevention of Cardiovascular Disease with a Mediterranean Diet Supplemented with Extra-Virgin Olive Oil or Nuts. N Engl J Med. 2018;378(25):e34. PMID 29897866
  2. Berryman CE, Grieger JA, West SG, et al. Acute consumption of walnuts and walnut components differentially affect postprandial lipemia, endothelial function, oxidative stress, and cholesterol efflux in humans with mild hypercholesterolemia. J Nutr. 2013;143(6):788–94. PMID 23616506

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